Une rencontre inattendue 

C’est l’été, en l’an 2004. Cet après-midi, à Gap Tallard, il s’agit d’abord de remorquer les planeurs. Ensuite, j’emmènerai l’avion, le Morane Rallye « Roméo Kilo », à Serres où il doit subir une visite d’entretien de cinquante heures.

Le dernier planeur vient de se larguer sur la Tête de Boursier. Cap à l’ouest, après une quinzaine de minutes de vol c’est l’atterrissage sur le petit aérodrome bien sympathique où se trouve l’atelier de maintenance. Salutations d’usage, échange des dernières nouvelles, petit coup de main à Michel et à son équipe qui s’activent, signatures. Deux heures plus tard, je vole vers Tallard. 

Le spectacle est magnifique, le décor est grandiose. La « lessiveuse », grande créatrice d’orages qui vient souvent se réchauffer dans les Alpes du sud, a terminé sa sieste. Elle monte en pression. Les cumulus, d’un blanc éblouissant, s’étirent en bourgeonnant avant de se transformer en « pétards » gigantesques.

De crête en col, de nuage en falaise, je joue avec le vent, les ascendances et les montagnes, tout en surveillant attentivement le ciel pour éviter les collisions en vol. Les planeurs, nombreux, commencent à rentrer. 

« Tiens, qu’est ce que c’est ce truc ? »

Pas très loin, dans l’ombre d’un nuage, un objet volant à la trajectoire insolite attire mon attention. Bizarre !

En me rapprochant de lui, je reconnais le Petit Poucet, chaussé des bottes de sept lieues prises à l’ogre. Il saute lui aussi de caillou en caillou, à grandes enjambées. Complices, nous cheminons un peu ensemble pour rentrer nous mettre à l’abri, chacun chez soi.

Pendant quelques minutes de rêve, je rajeunis de plus de cinquante ans. Seul, au chaud dans la cabine du Rallye, je souris. Heu-reux !