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Air
Actualités n° 457 novembre décembre 1992 (Lcl Henri Guyot)
Si la Patrouille de France m’était contée



CM 170 Fouga Magister PAF 1962
Bien qu’elle
ne porte son nom que depuis 40 ans, la Patrouille de France hérite, des
nombreuses expériences du temps passé, le savoir-faire et la virtuosité.
Des exploits individuels d’Adolphe Pégoud avant 1914 à ceux
d’Alfred Fronval
après la Grande Guerre, d’Étampes à Salon de Provence pour les patrouilles, une
page d’histoire est à dédier à ceux qui ont oeuvré pour le renom de nos
cocardes.
Août 1913, Adolphe Pégoud essaie un parachute. Alors qu’il vient d’abandonner
son Blériot, il s’aperçoit que l’avion, livré à lui-même, se met à évoluer
curieusement. L’idée est née : faire de la voltige, voler sur le dos. La
grande aventure de l’acrobatie aérienne débute et le 21 septembre de la
même année, toujours à Buc, Pégoud effectue retournements, boucles, tonneaux
et montées en chandelle. Qui dit voltige dit spectacle. Le 12 octobre, c’est
la première et véritable représentation de ce pionnier devant 200 000 spectateurs.
Vienne, Berlin, Hanovre, Gand et Bruxelles marquent les étapes de la première
tournée de ce démonstrateur français. Un nouveau style s’initie après le
« Cirque de Moisant » et les shows tels
Il faut attendre 1931, l’initiative et le talent d’un groupe
de moniteurs de l’Ecole de perfectionnement de Mondésir pour voir naître
le premier groupe de voltige militaire avec la Patrouille d’Etampes sur
Morane Saulnier MS 230
.
Le capitaine Amouroux et ses équipiers les adjudants-chefs Carlier et Dumas
forment le premier trio. Le lieutenant Fleurquin, un an plus tard, prend
la tête de cette formation prometteuse et, avec le concours de ses pilotes,
la conduit sur les chemins de la postérité. En 1935, le MS 225
remplace le MS 230 et dès 1936 les évolutions s’accomplissent à cinq
.
En 1937, à la suite de la dissolution de l’Ecole d’Etampes la formation
se replie sur Salon-de-Provence et prend le nom de Patrouille de l’Ecole
de l’air.
Entre temps, la 1er
escadrille du GC 1/7 de Dijon, se dotant en janvier 1934 de MS 225
,
constitue à son tour un dispositif aérien de prestige : la Patrouille Weiser
de Dijon, du nom du commandant Weiser son premier « leader ». Une spécialité
de cette patrouille réside dans le fait de lier les avions l’un à l’autre
lors des représentations. Elle compte jusqu’à 18 avions grâce à l’apport
des Blériot SPAD 510 du GC 11/7. La Fête des Cocardes en juillet
Du Vampire au
Mystère IV A
Après guerre, l’Armée de l’air s’équipe de Stampe 5V 4
et le capitaine Périer, sur ce type d’appareil, dirige alors la Patrouille
de Tours. En 1947, momentanément, le hasard ramène cette formation à Etampes,
ce qui lui permet de reprendre de façon éphémère le nom de son illustre
aînée. Appelée Escadrille de présentation de l’Armée de l’air le 1er septembre
1948, elle remplit sa mission jusqu’au début des années 50 (*).
Jusqu’au moment où le jet va s’imposer par souhait du public et sous la
pression des « teams » étrangers.
Le 17
mai 1953, meeting à Alger Maison-Blanche : les F84 G « Thunderjet »de la
« 3 » figurent au programme et, en rivalité avec les Skyblazer américains,
déchaînent l’enthousiasme du grand public. Jacques Noetinger, le commentateur,
emporté par sa fougue, dans le feu de l’action, par un écart de langage
– ô combien pardonnable - l’appelle Patrouille de France. C’est chose faite.
La Patrouille de France est née et baptisée.
)
D’initiatives spontanées à l’origine, elle devient officielle
sous ce vocable. Sa mise en oeuvre et son animation s’intègrent dès lors
à la mission d’une escadre à compter de 1953. La 3e escadre a bien entendu
l’honneur de remplir cette noble mission la première. Ce sont ensuite la
2e de Dijon en 1954 et de
1957 à 1961, la 12e de Cambrai en 1955, la 4e de Bremgarten en 1956 et enfin
la 7e de Nancy en 1962 et 1963. Du F 84 G à l’Ouragan, de l’Ouragan au Mystère
IV A, les fumigènes bleus, blancs, rouges, utilisés déjà sur Vampire, ponctuent
la qualité des séries de plus en plus élaborées et prolongent le charme
créé par la pureté des trajectoires que le spectateur ne voudrait oublier.
Mais, budget oblige, la Patrouille de France sur avions d’arme doit disparaître.
Fort heureusement la Patrouille de 1’Ecole de l’Air, riche des traditions
de celle d’Etampes s’est entretenue à Salon.
Magistèrement vôtre
Rééquipée en 1957 par trois puis six CM 170 « Fouga Magister
», dirigée successivement par le capitaine Kerguelen, le lieutenant Angot,
les capitaines Chapus
et Grand’Eury, elle est apte à reprendre le flambeau. L’avion est élégant,
les moniteurs de Salon dignes de la mission. Que la Patrouille de France
vive donc en se régénérant sur celle de l’Ecole de l’air. Six, neuf, jusqu’à
onze appareils en 1971. Les Magister font merveille durant treize ans. Ils
tournent dans « un mouchoir de poche » pour des avions à réaction et se
montrent parfaitement adaptés aux spectacles aériens qu’ils effectuent.
Le 25e anniversaire de la Patrouille de France est célébré avec faste le
9 juillet 1978 à Salon comme pour concrétiser
Place à l’Alphajet. Il effectue sa première représentation, livrée « Patrouille de France », le 17 mai 1981. Salons d’aéronautique, meetings aériens nationaux et internationaux, manifestations de prestige, la Patrouille de France est dès lors plus que jamais omniprésente. Tant et si bien que sa tournée sur le continent américain en été 1986 se transforme en événement historique. Pour le centenaire de la Statue de la Liberté, la Patrouille de France déploie son panache tricolore dans le ciel de New-York, survolant la cité durant 90 secondes avant de remonter l’Hudson. Elle poursuit sa triomphale conquête de l’Amérique sur la plage de Coney Island, du 3 au 6 juillet, devant 1,5 million de spectateurs. Après une présentation à Chicago, elle achève en domaine canadien sa « symphonie du nouveau monde ».
La Patrouille de
France au présent (en 1993)
Mais la Patrouille de France ne renie pas, pour autant, sa terre natale : lors de la saison 1988, elle ne franchit pas les frontières nationales. Outre sa participation au centenaire de Roland Garros, elle évolue devant 60 000 spectateurs à la Ferté-Alais, le 22 mai 1988. Offrant, entre autres figures, le Té, le croisillon, ainsi qu’un surprenant et mémorable coeur fléché. Au terme de cette saison 88, la Patrouille de France totalise alors près de 76320 heures de vol, 1300 présentations, 50 millions de spectateurs, 130 pilotes successifs. Multipliant les étapes européennes en 89 - Coningsby, Koksijde, Palerme, Dublin puis Bilbao - la Patrouille de France vit de surcroît une tournée triomphale sous les latitudes du Proche-Orient. Après Ankara et Tel-Aviv, elle évolue devant les Pyramides de Guizèh, survolant ainsi quarante-cinq siècles d’histoire. Si la saison 90 est plus modeste, avec quatre incursions en Grande-Bretagne, la Patrouille de France accomplit sa mission d’ambassadrice au Maroc, les 4 et 5 mai. Une vocation internationale qu’elle prolonge en 1991 avec ses premières exhibitions dans les pays de l’Est. A Prague, Budapest, Poznan, au cours de 53 manifestations, elle réserve aux publics tchèque, hongrois et polonais, la panoplie de son savoir-faire agrémentée de ses dernières exclusivités.
A l’occasion de ses quarante ans de virtuosité et de féerie, la Patrouille
de France a bien rempli son agenda 1993, avec plus de cinquante démonstrations.
Le 16 juin au Cap d’Agde pour les jeux méditerranéens, le 18 juillet à Hradec
Kralove en Tchécoslovaquie, le 8 août à Biarritz pour l’année Latécoère.
Avec son cheval de bataille, l’Alphajet, moderne et musclé, avec ses pilotes
qui ont à coeur de refléter l’image vraie de leurs camarades d’escadre,
la Patrouille de France incarne la modernité et la vitalité de l’Armée de
l’air.
(*) Sans oublier, en 1947, la Patrouille tricolore
de l'Ecole de Chasse de Meknès![]()
(Cliquez sur les profils)
1953
: Cdt Delachenal
1954
: Cne Labaye
1955
: Ltt Tourniaire
1956
: Ltt Bretagnon
1957 à 1959 : Cne Capillon
1960 : Cne Castagnos
1961 et 1962 : Cne Brieu
1963
: Cne Bigois
1964
: Cne Grand’Eury
1965
: Cne Grand’Eury
1966 : Cne Roger
1967 : Cne Duguet
1968 et 1969 : Cne Delsol
1970
: Cne Pagès
1971
: Cne Pagès
1972 : Cne Pissochet
1973 et 1974 : Cne Courtet
1975 et 1976 : Cne Job
1977 : Cne Piazzalunga
1978 : Cne Amberg
1979 à 1981 : Cdt Inge
1981
: Cdt Inge
1982 et 1983 : Cdt Komajda
1984 : Cdt Monnet
1985 : Cdt lmberti
1986 : Cdt Féraud
1987 : Cdt Dutartre
1988 : Cdt Velluz
1989 : Cdt Hendel
1990 : Cdt Festas
1991 : Cdt Barou
1992 : Cdt Reyre
1993 : Cdt Connan
Bases de stationnement :
1953 : Reims
1954 : Dijon
1955 et 1956 : Cambrai
1956 : Bremgarten
1957 à 1961 : Dijon
1962 à 1963 : Nancy
depuis 1963 : Salon-de-Provence