Lieutenant Henri Grimaud

12/12/1917 - 21/07/1944
Né le 10 Décembre 1917 à Saint Jean en Royans (Drôme),
breveté pilote civil dans le cadre de l'aviation populaire à Romans,
brevet de pilote militaire n°26350 obtenu le 25 juillet 1938 à l'école d'Ambérieu,
nommé sergent le 16 novembre 1938
Après un stage de spécialisation "chasse" à Istres, il est affecté à la 7ème Escadre de chasse à Dijon en août 1939 au GC II/7 à la 3ème escadrille SPA 73.


Sergent-Pilote GRIMAUD Henri
GC II/7
3ème escadrille

Escadrille des Cigognes SPA 73

Journal Personnel

d'août 1939 à août 1940

 Le document original au format pdf

Ce cahier a été fait à Sidi-Ahmed notre refuge après la grande défaite, pour occuper nos loisirs trop nombreux hélas, du fait de la réduction au minimum des heures de vol et des missions aériennes.

     C'est un recueil que je forme ici, exclusivement personnel, de notes jetées au hasard pendant et après la guerre, et de souvenirs réveillés par le journal de marche de l'Escadrille. Mes opinions et mes points de vue risqueront d'être considérés dans un sens trop personnel mais n'oublions pas qu'il s'agit non pas de l'histoire d'une escadrille mais du recueil des souvenirs d'un pilote.


Le capitaine Durieux, cdt le II/7

Les morts de l'escadrille
S/Lieutenant Gauthier Jack tué le 8 septembre 1939
Commandant de Mentque tué en combat le 10 mai 1940
S/Lieutenant Collens tué en combat le 10 mai 1940
Soldat armurier Boullin tué le 11 mai 1940
Commandant Pépin tué en combat le 15 juin 1940

Ceux qui ont donné leur sang :
Sergent Grimaud le 25 septembre 1939
Caporal-chef  Miffon le      octobre 1939
Capitaine Roy le 28 novembre 1939
 
et le   4 mars 1940
S/Lieutenant Gauthier Gabriel le 21 décembre 1939
Sergent Martin le 25 mars 1940
Sergent-Chef de Fraville le 10 mai  1940
S/Lieutenant Jeandet le 11 mai  1940

Le palmarès
avions homologués
avions probables
avions tombés
à l'ennemi
S/Lt Valentin
8
_
2
Sgc Lamblin
6
1
3
Sgc Doudiès
5
1
3
S/Lt Gruyelle
4
1
4
Sgt Passemard
4
1
4
Sgc Panhard
4
-
1
Cne Papin
3
3
5
Sgt Grimaud
3
2
4
S/Lt Gauthier
2
_
_
Sgt Martin
2
_
3
Cdt Pépin
2
_
_
Sgt Sonntag
1
_
_
Sgc de Fraville
1
_
2
S/Lt Jeandet
1
1
_
S/Lt Collens
1
1
1
Sgt Catois
1
1
2
Cdt de Mentque
_
_
1


Le capitaine Papin, cdt la SPA 73

     Le départ de Dijon du Groupe de Chasse II/7. eut lieu après une journée d'attente le 27 août 1940, vers 18 heures, au moment ou chacun s'apprêtait à rejoindre ses pénates. J'avais en tout et pour tout deux heures de Morane 406, avion qui était merveilleux pour l'époque. C'était la première fois que je devais faire du vol de patrouille et c'est tout juste si au cours du voyage je n'ai pas perdu le chef de patrouille et l'autre équipier. Je n'ai évidement pas eu le temps de regarder et d'admirer les patelins survolés.

      C'est dans une grange que l'on passa la première nuit à Luxeuil, au grand émoi du propriétaire qui ne voulait rien savoir, occupation "manu militari" et bonne nuit!

      L'Escadrille était ainsi formée: Pilotes, Cne Papin, S/Lt Gauthier Gabriel, S/Lt Gauthier Jack, S/Lt Gruyelle, Adc Valentin, et les Sgt de Fraville, Doudiès, Haberkorn, Martin, Sonntag, Grimaud et Passemard , plus deux réservistes, les Sgt Lamblin et Panhard.

Mécaniciens: Adj Gosset, Sgc Juste, Sgc Coignet, Sgt Froideveau, Berthier, Terrier, Saenger; Pengam, Bouchard, Chovet, de Surmain, Marque, Cardot, Brasset, Veyrinc, Filliot, Valentat.

On devait toucher presque aussitôt le Sgc Longuesserre dit "Toto", le petit rigolo de la bande. Comme je sortais d'école je fus touché tout de suite par l'amitié et la bonne camaraderie qui liaient officiers à sous-officiers et pilotes à Mécanos.

Ceci éloigna le cafard que devait créer ce départ précipité. Déjà on sentait la guerre proche mais on espérait encore que cette sortie se terminerait comme les "guerres" de septembre 38 et avril 39, ça devenait presque une habitude.

      Mais le 2 septembre on apprit que la guerre était déclarée, les Allemands étaient rentrés en Pologne et dès le 3 au matin nous étions en position d'alerte; grosse émotion mais nos soucis immédiats vont à notre installation sous la tente.

Vu la chaleur torride, les matelas pneumatiques rendent de bons et loyaux services ; de temps en temps un dégonflage intempestif fait hurler le dormeur qui cherche vainement le coupable.
Illustrations intercalées
(Zoom au survol de la souris)

Devant un MS 406 : Sgt Haberkorn -
Sgt Doudiès - Adc Valentin - Sgt Sonntag - Adc ... ?

      Le Cne Papin emmène une patrouille double sur la ligne de feu (Forbach) les Boches arrivent à 10, quelques minutes après leur départ le Ltt Gruyelle arrive en renfort, mais toujours pas de Boches. Les missions se multiplient mais pour les jeunes, toujours rien à faire, notre activité est limitée à l'entraînement et aussi à des distractions comme la garde et le service de jour, ah, ces nuits dans le "Béconnard" (?)! Cette attente est énervante au possible, je sais bien que Passemard et moi n'avons pas assez d'expérience mais je languis de sortir de cette impasse car je sens que j'aurai bientôt honte à ne pas faire le même travail que les autres.

      Le 7 septembre, le Cne Papin et le Ltt Gauthier prennent leur baptême d'autogire, le capitaine estime que trente minutes lui suffisent "on n'est pas tranquille dans cet outil !" Nous sommes en guerre, nous ne réalisons pas, j'ai essayé d'analyser les sentiments qu'on éprouve devant une pareille chose, c'est très compliqué, on craint surtout pour ceux qu'on aime et qu'on laisse en arrière. Je pense que le pauvre type, seul dans la vie, sans parents, sans famille, doit se trouver heureux à ce moment-là de sentir que tout ce qui peut lui arriver de fâcheux ne sera fâcheux que pour lui-même.

      Sonntag, faisant partie d'une patrouille de couverture perd la patrouille, se perd lui même et se pose, après une heure de recherches, comme un aigle dans une prairie à 10 Km du terrain! Il paiera à boire.

      Coup dur à l'Escadrille, le Ltt Gauthier Jack se tue en Potez 63 près de Velaine avec l'Adj Grosset et le Sgt Paratilla de la 4. Il laisse un grand vide parmi nous où il avait su se faire aimer de tous, la veille au soir, encore il creusait avec moi des abris pour le personnel de l'escadrille et devisait joyeusement en faisant des projets d'avenir.

      Jusqu'à ce jour 18 septembre je me suis entraîné sur 406, mais aujourd'hui, grosse émotion je suis considéré comme un vrai pilote, la preuve que je fais partie de la patrouille d'alerte. Ah, si l'on pouvait décoller ! La chance me favorise car on demande une patrouille en couverture du terrain, je suis heureux au possible et tremble d'émotion. La première mission de guerre est pour un pilote une date importante, mais dès que je suis en l'air toute émo ...(?)
Illustrations intercalées
   Le courrier arrive mal, j'ai reçu de mes parents une lettre depuis quinze jours, je sens qu'ils sont mortellement inquiets pour moi, comment faire pour les rassurer ? Je leur raconte tout ce qui peut leur donner confiance et non les effrayer, ils sont contents de recevoir de mes nouvelles. Comme je les comprends!


GC II/7 à Luxeuil en septembre 1939 :
De gauche à droite debout : Sgt Sonntag, Adc Valentin, Slt Gruyelle, Cne Papin, Slt Gabriel Gauthier, Sgt Doudiès, Sgt Panhard
Accroupis - Sgt Haberkorn, Sgt Grimaud, Sgt Passemard, S/C Longuesserre, Sgt de Fraville.


      La vie s'écoule dans l'attente d'une activité qui ne saurait tarder, nous nous installons dans l'ancien P.C. du Commandant que nous transformons en salle d'Escadrille très confortable. Le bar, oeuvre du sergent Lamblin fait l'admiration des visiteurs...et aussi des visiteuses.

      Depuis quelques jours Passemard et moi logeons chez Mme Boufford une brave dame dont le bon coeur nous laissera le meilleur souvenir. Il pleut, il pleut, il pleut. C'est triste et toujours pas de lettres. A quand la prochaine mission ? La deuxième que je devais faire ne devait pas se terminer aussi bien que la précédente. Le compte rendu, d'après Passemard porte en date du 25 septembre : "Le Sgt Grimaud quitte réglementairement le 53 ne désirant pas finir comme Jeanne d'Arc". En voici d'ailleurs le récit.

      A midi décolle la patrouille Longuessere, Sonntag et Grimaud.

Couverture à priori altitude 6.000 m. La mission débute normalement par un temps assez couvert. Soudain, grosse émotion, la radio nous signale un Fritz dans le coin, on attend impatients et émus. Il a dû comprendre car bientôt retentit le fatidique "Mission terminée rentrez au terrain". Il est exactement 13 h 15 et Longuessere pour se dérouiller amorce un de ces piqués "maison" dont il est amoureux.

      C'est au cours de ce piqué que subitement ma cabine se trouve envahie de fumées et que déjà je ressens d'horribles flammes me lécher le visage. Le feu! et dans toute son horreur. Des essais infructueux d'extinction me font perdre un temps précieux, je suis aveuglé, étouffé par cette fumée ocre et les flammes plus violentes, je ne peux ni me détacher ni ouvrir la cabine. Soudain une idée traverse mon esprit : le sol que je vais emboutir, je tire le manche de toutes mes forces si bien que je me sonne dans la ressource. Je m'étouffe, mes membres refusent de m'obéir mais mon esprit ...(?)
...(Illustrations intercalées)...
Je me rends compte que je fais 1/2 tonneau à droite, je sens un choc violent qui ne fait perdre connaissance, certainement tout est fini. Je me réveille au bout des ficelles la gu... en sang. Qu'on est donc bien ici ! je vois le paysage, une petite rivière où je voudrais bien tomber.

      Braves copains de la D.C.A. Grâce à eux 1/4 d'heure après j'étais à l'Hôpital de Luxeuil aux mains du Dr Angelard. Je souffre terriblement de la face ou j'ai des brûlures du 3ème degré. Le Dr me soigne admirablement et m'amuse pendant l'opération en me racontant des histoires et je lui réponds sur le même ton, le moral est excellent. Après l'opération j'ai un instant de défaillance qui est ranimée par ce brave aumônier. Les bonnes sœurs me soignent de leur mieux, leur dévouement est sans limites.

      Le lendemain je veux moi-même écrire à mes parents pour les rassurer, mais quelle lettre! Je suis sûr que mon père fera l'impossible pour venir me rejoindre, j'attends tous les jours son arrivée mais cependant, quel coup au cœur quand on m'annonce qu'il est là et que j'entends son petit coup de sifflet! Je suis ému en pensant à la peine qu'il va avoir en me voyant ainsi défiguré, car je ne suis vraiment pas beau à voir. Il est là, mon frérot aussi, je ne peux retenir mes larmes, eux aussi pleurent, mais c'est qu'ils sont tellement heureux de me voir vivant ! Et maman, dans quel état doit-elle être, elle aussi doit bien pleurer. Les trois jours qu'ils ont passés prés de moi m'ont fait revivre, quel doux réconfort. Mes camarades viennent souvent me rendre visite, ils m'apportent des fruits, des bonbons, du chocolat, un poste de T.S.F. même. Ils sont vraiment très chics ; c'est la surtout que j'ai ressenti cette forte et mâle amitié qui unit tous les pilotes d'une même escadrille, pas de fioritures, de déclarations, de protestations d'amitié mais un sentiment profond et sincère qui est admirable, on peut compter les uns sur les autres.

      Papa aussi a cette impression et il est enchanté de l'accueil reçu auprès du Cne Papin et du Cdt Durieux.

      Deux mois à Romans pour une nouvelle hospitalisation et convalo, la présence de mes parents a adouci la peine que j'avais de sentir les camarades là-bas, cette vie ne me convient pas et c'est avec un sourire large comme un parapluie que je retrouve l'Escadrille le jour de Noël, à Luxeuil....(Illustrations intercalées)...

(Zoom au survol de la souris)

Le bar de l'escadrille
.

Grande réception et arrosage de rigueur, je suis immédiatement replongé dans cette atmosphère qui est celle de l'Escadrille. Je suis incorporé de force (sans grande résistance d'ailleurs) dans la bande des "Grands Ducs" qui semble indissoluble, en font partie Doudiès (Doudou ou Dohu), Passemard (Amédée), Froideveaux (Michou), Demortier (Beau blond), Veyrinc (Riri), Fillot (le Dur), Valentat (Jackie ou mieux l'ivrogne), Cueuille (le Piqueur), Pengam (Jeannot) et moi Ritou pour la circonstance. La raison sociale est: "la vie du bon côté". La Lie aux Moines voit souvent la bande se déferler dans son antre. Une salle nous est réservée pour nos g....ons consciencieux. Les riches - (plus de 2 ans de service) - paient pour les autres. Nous avons dégoté un cabriolet Ballot qui nous charriait tous les dix ensembles avec sa pauvre carrosserie et surtout sa bonne volonté.

 Grosse bagarre à chaque départ: chacun veut piloter, se sentant ainsi plus en sécurité. Les gendarmes tentent au début de timides essais d'autorité et de P.V. mais ils comprennent très vite et bientôt nous regardent passer en levant les bras au ciel "Ah, ces aviateurs !"

      Que d'événements se sont passés depuis mon départ, Haberkorn est à l'hôpital avec une jambe cassée dans un accident de moto et la bande lui rend de nombreuses et bruyantes visites au grand émoi des bonnes sœurs qui sont effrayées par tant de monde. Je reconnais le personnel et je suis bien reçu, on m'offre même une boite de cigares, ce qui est le signal d'une ruée générale d'ou je sors avec la boite... vide.

      Valentin s'est payé le luxe de descendre seul, chez lui un Dornier 17 qui rentrait de mission. C'est la première victoire de l'escadrille, occasion d'un arrosage "maison".

      Le S/Lt Gauthier Gabriel a abattu un Messerschmitt, il a lui-même été durement touché. Je vais le voir à l'hôpital, c'est très grave mais il sourit toujours. Il va être décoré bientôt de la Croix de Guerre et de la Légion d'Honneur ; il l'a bien mérité car il revient de loin, mais son Fritz n'en n’est pas revenu du tout et c'est bien mieux.
      Mais là, l'histoire n'est pas finie.
...(Illustrations intercalées)...
Le même jour Lamblin et Panhard s'en adjugent un chacun. Panhard est sauvé par la plaque de blindage qui est derrière la tête, plaque qui a été posée il y a deux jours. Le compte rendu des combats fait par les journaux de l'époque relatent: "Quatre avions français contre douze Messerschmitt"

      "Trois appareils allemands sont abattus."

Panhard a dit "ça a fait tac". Le Commandant Roy, un réserviste, ancien de l'autre a pris chaud, trouvant la température par trop élevée a fait une magnifique descente ouverture commandée, le 104 est transformé en lingot.

      Fin décembre je recommence l'entraînement sur M.406 non sans appréhension, mais dès le décollage je me trouve chez moi et me voici prêt à faire des missions. Le 1er janvier nous partons sur le Rhin protéger des Potez 63 en mission photo, gros émoi mais quelle fierté en arrivant. Depuis les missions se sont succédées, contrariées trop souvent par le mauvais temps en février et mars et j'obtiens la première permission de détente fin janvier.      Au retour, le premier soin de tous est de me montrer la photo de notre Ballot 3 cylindres (car toujours l'un d'entre eux ne voulait rien savoir et surtout rien dire). Elle est voluptueusement couchée dans le lit de la petite rivière qui passe à St Loup. C'est le grand Doudou qui a fait le coup un soir dé... d'émotion il n'a pas vu le parapet et avec Cueuille s'est retrouvé dans la flotte, le pauvre Marcel n'en croyait pas de ses yeux, persuadé que l'eau venait d'une fuite du radiateur et ne s'est rendu à l'évidence que lorsqu'il pataugea dans la rivière jusqu'aux genoux, et encore!

      Le 19 Janvier, le Ltt Gruyelle, de Fraville et Doudiès en mission de chasse libre sur le Rhin attaquent 8 Messers et les mettent en fuite, deux d'entre eux se retrouvent dans les pâquerettes, invités à descendre par le grand Michel et Fraville. Le pauvre Doudou, fou de douleur voit ses mitrailleuses et son canon lui refuser tout service alors qu'il avait un pointu dans son collimateur "gros comme une vache, oui Madame". A compter de ce jour il en voudra plus que jamais. Fraville passe des journées et des nuits à expliquer le coup fumant. Le Ltt Gruyelle s'est contenté de dire : il s'est retrouvé à 6000 m en petits morceaux ... (?)
...(Illustrations intercalées)...
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Le S/Lt Gauthier G. remet la Cigogne à "Oscar" (Théâtre des Armées)
.

Le pilote allemand, un Lieutenant a sauté en pépin, et se trouve à l'hôpital d'Epinal, on ira le voir. Il paraît que c'est un grand garçon beau gosse, un mordu de l'aviation et aussi d'Hitler toutes les 10 minutes il crie "Heil Hitler" à qui veut l'entendre.

      Le mois de février voit une floraison de sports nouveaux furieuses parties de ping-pong-échecs et surtout bilboquet.

le Capitaine et Valentin se révèlent de redoutables champions, Notre aimable et noire Mascotte nous offre un jour huit chiots magnifiques - a vrai dire nous nous y attendions un peu - et chacun de choisir dans la bande un protégé, un fils adoptif, ce qui est le signal de discussions terribles.

      Toujours la neige et le temps couvert.

Le 16 est une journée d'angoisse pour les pilotes, visite médicale annuelle, le Toubib à l'aide de son Isarka s'entête à découvrir des daltoniens, Amédée et M’sieur Martin sont du nombre. Le lendemain la visite continue, le temps aussi. Enfin vers le 22 le temps redevient sérieux et les missions reprennent, les 24, 27 et 29 j'ai l'occasion de sortir, mais toujours pas de Boche à l'horizon. Le 3 mars on pouvait lire dans les journaux :

      "Un avion allemand est abattu près d'Épinal"

"Samedi un avion allemand de bombardement qui survolait la région d'Epinal a été soudainement attaqué par un de nos chasseurs à qui un autre avion de chasse français vint prêter main forte presque aussitôt. Un combat aérien s'est déroulé à l'avantage de nos chasseurs ; l'avion ennemi s'est écrasé au sol en flammes. Des débris de l'appareil on a retiré trois cadavres complètement carbonisés. Un 4ème occupant avait réussi à faire usage de son parachute, il fut cueilli en touchant terre."

      C'était notre Doudou national qui avait fait des siennes, secondé par Sonntag, il s'est tranquillement approché a 20 m de la queue du DO 17 en question et lui a largué quelques pastilles, un dégagement, une autre attaque et le Monsieur comprend vite - Ah, ces jeunes que c'est imprudent ! Un de plus à l'escadrille. Le soir, visite obligatoire du Doudou à Epinal, réception au champagne par le Maire, les pompiers et la fanfare ! Il a parait-il répondu au speech mais ne s'en est jamais souvenu. Emotion ou Champagne ?
...(Illustrations intercalées)...
      Arrosages à l'escadrille pour l'arrivée des S/Lts Jeandet et Collens, grosse feinte des officiers qui s'étaient tous déguisés, le Commandant en Juteux-chef, ce dernier en Capitaine d'escadrille, les deux Lts de la 4 en sous/Off portaient les valises des nouveaux arrivés! Le Juteux s’entendait dire "Mon Commandant", gros comme le bras. Le 12 mars c'est au tour du Sgt Catois, c'est lui qui nous ramènera une Marraine nantie d'une magnifique Buick qui sera souvent mise à contribution (la Buick).

      Le 11, couverture sur alerte, le 12 protection de P.63 en reconnaissance profonde, ce jour-ci, j'ai eu le baptême de la F.L.A.K. terriblement précise, Valentin, mon chef de patrouille s'amusait à traverser les petits nuages noirs produits par les éclatements, la maniabilité des Morane a été mise à l'épreuve ce jour-là. Que de zigzag ; c'est émotionnant au possible.

      Le 29, à noter l'arrivée au groupe de l'Escadrille polonaise, elle prend place aux abords de la 3ème Escadrille, elle est composée du Cdt Mummler, des Ltts Krohl et Goetel, du Caporal-Chef Nowackièwitch, c'est un très chic type qui a eu bien des malheurs. Il est immédiatement adopté par les Grands Ducs.

      Fraville profite d'une ballade sur le Rhin pour bouter le feu à un Henschel 126 ceci, de complicité avec Catois et Amédée (qui biche comme un vieux poux - il faut avouer qu'il y a de quoi). Il rentre au terrain la partie gauche du capotage arrachée et l'empennage tirebouchonné par un piqué de 7.000 au sol.

      Toutes ces victoires sont l'occasion d'arrosages systématiques et méthodiques dont les résultats sont plus que satisfaisants. J'attends avec une impatience fébrile le moment ou je serai l'objet d'un pareil arrosage.

      J'ai appris avec beaucoup de peine l'accident de ce vieux Maurice l'Hôpital c'est terrible mais il s'en tirera et c'est bien le principal. Ils ont été attaques en patrouille par une quinzaine de Messers. qui les ont surpris. A leur deuxième passe Maurice était descendu en flammes, ayant juste le temps de sauter en pépin ainsi que deux autres coéquipiers mais hélas il est à déplorer la mort de l'Adj Chavet du GC III/7 (?)
...(Illustrations intercalées)...
(Zoom au survol de la souris)

A Besançon, sélection militaire : Bocchièro - Nicod - Cne Hugo - Chapelle - Caraboeuf - Barret - Goursin
- Gouarin - Grimaud - Veyrine - Leminos.

On a eu la visite de deux copains de promotion : Vernier qui prépare le peloton des E.O.R. et Pothus, occasion d'une sortie à Luxeuil, nous avons eu beaucoup de plaisir à nous revoir.

      Depuis quelques dimanches nous avons monté une équipe de foot-ball et nous allons jouer dans les patelins environnants tels que St Loup, Champagnolle, Vesoul, Besançon, Lure, ou bien nous les recevons sur le beau stade Maroselli, nous nous sommes faits une petite renommée, une sélection se forme avec les toubibs et nous rencontrons bientôt l'équipe première (ou presque) du F.C. de Sochaux qui nous battra par 7 à 3 devant 5.000 personnes, match présidé par un Général s'il vous plait!

      C'est au cours d'un de ces matchs le 7 avril qu'il nous fut donné d'assister a un beau combat aérien, un malheureux JUNKERS 52 a eu le tort de vouloir se promener entre Luxeuil et Vesoul alors que 3 patrouilles étaient en l'air, il est pris à partie par les chasseurs pourtant, le pauvre, il leur voulait pas de mal, dégouté, il jette du lest, (une roue, un plan, un empennage) le reste s'écrase dans un bois près de Meurcourt ; les 9 occupants sont carbonisés.

      Le 17, l'Escadrille se réunit à la "Lie aux Moines" pour fêter en un diner fort sympathique les victoires et le départ en convalescence du S/Lt Gauthier G. Le Cne de Mentque, promu commandant en même temps que le Cne Roy, fait une arrivée fort remarquée.

      Le 18, la phobie des parachutes reprend toute son ampleur. Le Cne Papin est obligé de quitter son cher bilboquet pour partir en avion à la recherche d'un parachutiste fantôme. Le 20, l'escadrille apprend avec joie la nomination au grade de S/Lt de l'Adjudant-Chef Valentin et tout le monde espère qu'il restera parmi nous.

      Enfin un Dewoitine 520, les autres suivront rapidement - d'ici quelques mois - C'est le S/Lt Valentin qui le premier au groupe prend en mains ce nouveau piège (résumé de l'interview, avion nettement supérieur au 406). J'ai attendu quelques jours pour pouvoir l'essayer, c'est une voiture magnifique qui grimpe comme contre un mur et s'offre du 550 km/h à 6.000 m. et tourne l'acro au "micropoil". Quelques missions encore sur le Rhin, Lorach, Bale, le Kaisersthul, Fribourg et des couvertures sur alerte, des combats ...(Illustrations intercalées)... avec les P.63 de Malbouhans ou sont Argaud et Torrent et que jamais je n'ai pu aller voir, mais toujours pas de vraie bagarre. Elle devait pourtant pas tarder.

      Le  2 mai, jour de l'Ascension, j'ai assisté à une messe très pittoresque dans le hangar de la 4eme escadrille, l'Autel était une simple table surélevée par des bidons vides et des caisses de munitions, le Curé, un Caporal Chef nous avertit gentiment que la prochaine fois son prône sera mieux car il le préparera. En somme c'était très bien mais à la place du "Deo Gratias" des cathédrales une simple pancarte portait ces mots "Défense de fumer"! C'était à la fois simple, touchant et ne manquait pas de grandeur.

      Quelques jours après, me voilà avec une piqûre dans le dos, 48 heures au moins de repos mais il pleut et pour une fois je bénis le mauvais temps. Le Ltt Goetel qui a un combat avec un He 111 laisse des poils dans l'aventure "cheveux tout brûles" dit-il en montrant son avant-bras qu'a éraflé une balle, son taxi est touché et il a du faire une superbe descente hélice calée sur le terrain de Chaux.

      Le 10 mai au matin, réveil en fanfare, "pan, pan, pan, boum, boum" serai-ce la vraie déclaration de guerre? A 4 h 45, une dizaine de He 111, Ju 88 et Do 17 s'amusent à tourner sur le terrain et ses environs, la D.C.A. est émue mais aucun coup ne porte. Arrivée précipitée des mécanos et pilotes au terrain, les mécanos mettent en route sous les bombes et nous décollons de même. Mon avion est prêt le premier et je décolle droit devant moi, je ne vois pas le Cdt de Mentque qui décolle à 100 mètres derrière. Dieu que j'ai eu chaud, mais tout n'est pas fini car me voila seul dans l'atmosphère avec au moins 9 bombardiers. Que faire ? Je repère un isolé loin derrière, je m'approche en douce en me cachant dans la brume à 400 m environ mais il me voit et se "trotte" en douceur, j'ai eu juste le temps de l'arroser. Il se dirige vers Epinal puis vers l'Allemagne, je le suis de loin et lui coupe la route. A chaque virage, il riposte durement et je vois ses traçantes s'encadrer, il abandonne bientôt sa mission et, sans lâcher ses crottes rentre en Bochie, je l'accompagne jusque sur le Rhin mais je pense aux Messers qui ne doivent pas manquer d'accourir à la rescousse. Je veux ...(Illustrations intercalées)... rentrer directement au terrain, je me perds un moment mais suis repris en radio et ramené au terrain. J'atterris à travers les trous de bombe pour apprendre la mort du Cdt de Mentque descendu par les Messers (quatre balles dans la tête) près de Faucogney. Nous éprouvons tous beaucoup de peine de la disparition de ce si chic type. Le soir, nouvelles bagarres avec les He 111 accompagnés de Me 110 cette fois, le Ltt Collens est tué, son avion s'écrase en flammes prés de Vesoul. Deux pilotes descendus la même journée ! Consternation générale, mais nous réagissons, il ne faut pas se laisser abattre, il faut vivre et se défendre, pour cela il nous faut tous nos moyens. Le Ltt Jeandet se pose avec une trentaine de balles dans son avion, le visage en sang, mais il ne veut rien raconter tant qu'on ne lui donne pas une cigarette, sa blessure est superficielle mais il ne rejoindra pas avant l'armistice.

      Pendant ce temps, le Cne Papin, Lamblin, Panhard et Passemard se battent comme des chiffonniers au-dessus des nuages. Panhard et Lamblin se posent près de St Dizier ; l'Amédée a eu une peur bleue, il se préparait à attaquer des bombardiers ou ce qu'il croyait en être mais ces bimoteurs étaient des Me 110 ! et ils se sont immédiatement trouvés en patrouille dans sa queue, heureusement que de complaisants nuages noirs se trouvaient à portée de la main ! Deux d'entre eux ont cependant été abattus, en combat tournoyant, l'un par le Cne Papin l'autre par le Ltt Collens.

Cette bagarre a montré l'infériorité manifeste du 406 envers le Me 109 et 110.

      Pendant cet intermède, je me morfondais avec Doudiès au dessous des nuages, il ne pouvait pas monter n'ayant pas son inhalateur, on attendait ces Messieurs en bas mais ils n'ont pas voulu descendre.

      Dés le matin du 11, des vagues de bombardiers passent et repassent sans cesse, tout le monde décolle, le Ltt Valentin, Lamblin, Panhard et Passemard abattent un He 111 au lac des Settons après des efforts désespérés des 406.

Avec Doudou, nous attaquons vers Vesoul un peloton de 21 He 111 je les croyais accompagnés de 110 et je hurlais à la radio "Avertissez-le que j'en vois à droite, à gauche en dessus, plus bas" mais sa radio ne marchait pas et nous voila en pleine activité,

      Après trois passes sur le dernier taxi du peloton, il se met à fumer comme un pompier et tombe désemparé, des nuages nous cachent sa descente plutôt rapide prés de Vesoul, je me retrouve seul dans l'atmosphère et comme j'ai usé toutes mes munitions je rentre seul en rase-mottes au terrain, comme un grand, Doudiès va renforcer une patrouille du I/6 et en abat un autre dans le Jura. Je constate quelques trous dans mon avion, nouveau bombardement du terrain sitôt après mon atterro pendant que je téléphonais mon compte-rendu, un isolé lâche de 6.000 des crottes sur la 3. Mon pauvre 88 de qui j'étais si fier, explose littéralement, une bombe l'a atteint dans l'habitacle et il flambe, j'en ai pleuré comme un gosse c'est vraiment pénible de voir brûler son avion sans pouvoir rien y faire, plusieurs autres subissent le même sort,

      On est obligé de se terrer dans des abris, cette attente sous terre est exténuante, les miaulements des Junkers et des Heinkel qui bombardent en piqué vous mettent à bout. Combien est préférable un beau combat en l'air, là au moins on voit quelque chose on peut faire face, on peut respirer. Quatre bombes en piqué : l'une élargit pas mal un puits, une arrache le moteur de D.520 d'essai dans le hangar, une troisième pulvérise le magnifique P.C. des Polonais; Goetel trouve des petits morceaux de sa casquette; moralité: "ne quittez jamais votre casquette". L'abandon du terrain est décidé on atterrit gentiment sur le terrain de desserrement de St Sauveur  joli, bien camouflé mais trop petit; deux pilotes de la 4, Jonaszik et Lefèvre se retournent la crêpe dans une haie au décollage l'un sans mal, l'autre fera quatre mois à l'hôpital.

      Le 12, j'étais dans ma chambre en bordure de l'ancien terrain quand il fut attaqué à la mitrailleuse par les Me 109, des balles viennent s'écraser sur ...(Illustrations intercalées)... la façade et je me retrouve à plat ventre sur le parquet ! Grosse impression des Messerschmitts, ils nous font des piqués et des cabrés épatants; ils incendient quelques taxis restés sur le terrain, mais sur les quatre, un ne devait pas rentrer en Allemagne; il est abattu par la D.C.A qui a tenu le coup de façon merveilleuse, des gens gonflés à bloc. Les Fritz aussi d'ailleurs.

(Zoom au survol de la souris)

Oscar en avion
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      A 18 heure, la patrouille Valentin Panhard et Lamblin attaque un D.O 17 protégé par 4 Messers, Lamblin se lance sur la protection pendant que Valentin et Panhard attaquent la Do en rase-mottes et l'abattent à 300 m de l'autre côté du Rhin, il avait la peau dure; sans résultats avec les Me. Le 406 devient de plus en plus insuffisant. C'est bien ce que pense le Commandant qui nous envoie, Doudiès, Panhard et moi de la 3 ainsi que le Ltt Louis et Boillot de la 4, à Toulouse pour ramener des D.520. A 12 h 30, on signale l'arrivée du Bloch 220 qui vient nous chercher et il apparaît déjà en bordure de piste. Coup de théâtre, il est attaqué en grand par la D.C.A qui manifeste toujours son activité, le pauvre est touché en plusieurs endroits, l'équipage, indemne se fait enguirlander par le Cdt de groupe. Le Cne, commandant la D.C.A, croit avoir abattu un Boche et fait son compte-rendu au téléphone; le pauvre homme, quelle idée il a eue ! Le Cdt lui glisse quelques noms d'oiseaux dans l'écouteur et nous de rire doucement. A 14 h 30, un autre Bloch 220 peu rassuré vient nous prendre avec des mécanos et tous, avec le sourire partons vers Toulouse, escortés par une patrouille de 406.

      Nous y sommes restés 12 jours, ce séjour à Toulouse me laisse le meilleur souvenir, après la tension nerveuse due aux bombardements et combats continuels, cette sortie nous fait un bien énorme.

      Le lendemain de notre arrivée à Toulouse, prise d'alerte, défense du terrain de Toulouse Francazal. Les habitants ont une pétoche plutôt amusante, nous volons un peu sur 520 et "discutons le coup" avec Doret le fameux Doret c'est le plus chic type de monde, il connaît son boulot et le nôtre, il nous offre un jour un déjeuner pantagruélique dans un coin charmant sur le Tarn en compagnie de quelques cracks de l'aviation, repas charmant ...(Illustrations intercalées)... plein de gaîté et d'entrain. L'usine Dewoitine travaille à plein rendement et la présence du Cdt Pépin, nouvel adjoint au Cdt Durieux fait hâter la livraison de nos 520. Il nous faut cependant attendre 12 jours et déjà nous languissons de retourner là-bas, le 24, le Ltt Valentin en compagnie de Catois et de Passemard vient nous relayer. Nous repartons aussitôt, depuis le 20 le groupe a quitté St Sauveur "départ heureux de St Sauveur ou la sirène trop gueularde nous portait sur le système". Installation sur le terrain fantôme d'Avelanges, cantonnement à Marey sur Tille (Côte d'Or). Notre arrivée en rase-mottes, plein tube fait beaucoup d'impression, on nous prenait pour des Messers. Avec cela, les Boches n'ont qu'à bien se tenir.

(Zoom au survol de la souris)

Potez 63 - Doudiès
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      Arrivée à l'Escadrille du S/Lt Petit ou Hubert pour les intimes. Le même jour, attaque d'un He 111 par le Cne Papin, le Ltt Krohl et une patrouille légère de la 4. Il s'écrase à Sélestat.

      Le 28 mai, M'sieu Martin se pose à Vichy, le Morane y reste compte rendu de l'accident "les Vichissoises sont des filles sympa". Le 25 mai, mission en 406, ce sera la dernière certainement, nous l'espérons, Doudou Nowack et moi, partons en couverture du terrain on nous signale un Fritz au Nord de Chalindrey, a 7.000 m. Là, j'aperçois une traînée blanche certainement laissée par le Fritz, plus haut que nous et plus loin, je la signale à Doudiés, c'est celui que nous cherchons, la poursuite commence, nous le rattrapons très lentement mais il nous voit et vire vers l'Est, mon moteur chauffe terriblement, pauvre 406, il est bien essoufflé. Nous le rejoignons néanmoins mais dés la première passe je sens un choc au cœur, de la fumée de partout des flammes sortent du moteur, côté droit, je réalise immédiatement : le feu ! Et cela vers 7.500 mètres je ne crois pas avoir été touché car je n'ai rien entendu d'ailleurs je n'ai pas vu tirer le mitrailleur.

      Je largue immédiatement la cabine, quitte le relais de poitrine et j'actionne l'extincteur en coupant tout - veine, plus de flammes ! je commence la descente en réfléchissant car maintenant j'ai le temps de la faire, la région est bien mal pavée, un instant ...(Illustrations intercalées)... je songe à sauter, mais je repère un petit terrain et vers 4.000 je décide de m'y poser. Ce terrain est sur un plateau au pied duquel se trouve un petit patelin. Je spirale sur le pays pour ma faire repérer en cas de casse et je commence la prise de terrain en repérant deux meules de foin à éviter. Je m'amène bas et ma fois, l'atterro aurait été acceptable si une magnifique meule de foin ne s'était pas trouvée sur le chemin de mon aile droite. Je roulais encore vite et "boum" 1/2 tour réglementaire à droite, mon brave Morane en équilibre sur le nez hésite une seconde puis revient sur le ventre dans la position la plus adéquate à la situation, évidemment train d'atterrissage écrasé, aile escagassée et tout, et tout, moi, indemne.

      Je sors de là tout heureux mais je dois attendre 1/2 heure avant de voir émerger d'un buisson une tête de paysan armé d'un fusil de chasse (le paysan, pas la tête) il n'est pas du tout rassuré et quand je lui montre l'empennage tricolore il court chercher les gendarmes sans doute dans la délicate attention de me coffrer. Enfin, un Capitaine de la D.C.A arrive et m'apprend que depuis 4.000 les mitrailleuses Hotchkiss me tirent dessus, les maladroits, ils ne m'ont pas eu, je lui dit ma façon de penser sur ce procédé, c'est une chose inadmissible et hélas répétée trop souvent due à l'affolement.

      En conclusion, il m'emmène déjeuner au village qui porte le joli nom de Dancevoir ; cordiale réception par tous les Officiers et les habitants. Le G.C. II/7 est averti et vers midi le Cne Papin tout souriant de me revoir vient lui-même me chercher en voiture. Encore une fois, j'ai eu une veine de tonnerre mais je ne veux plus entendre parler du 406 et dès le lendemain, je pars en mission avec le 520 de Nowack N° 62. Quelques jours après une note nous apprit que le DO avait été touché et était tombé dès le Rhin.

      Le 27 le Capitaine m'emmène en Goéland à Toulouse pour ramener encore des Dewoitine, retour le jour même. Le lendemain, même histoire mais le temps bouché nous bloque à Toulouse, attente de 24 h et nous décidons de partir néanmoins avec le Cdt Pépin, un as qui a quelque 5.000 heures de vol, nous détournons le Massif Central par le Languedoc, nous passons de justesse dans la crasse vers Naurouze plafond de 50 m, et visibilité affreuse, nous retrouvons le beau temps à Marignane où nous nous posons et cassons la croûte tous ensemble sur la piste. Le travail de navigation est partagé, il m'échait le soin de conduire les six appareils que nous sommes de Bron à Avelanges.

      Grâce à une feinte de balayeur nous nous retrouvons, Gourbeyre, Planchard (de la 4) et moi seuls dans l'atmosphère car j'avais une idée à mettre à exécution en l'occurrence un passage sur Romans. Je quitte la patrouille à Loriol et je fonce sur mon cher pays. Douce émotion en le voyant et en voyant aussi mon Père sur le parapet de l'Isère car il m'a bien reconnu, Maman et lui savent bien que c'est moi qui viens ainsi leur dire bonjour au ras de l'Isère. Un instant j'ai de si bons souvenirs !

      Je n'ai hélas pu faire que quelques passages, le plafond trop bas m'interdit de faire un peu d'acro, pourtant, j'en avais tant envie. Mon Père que je devine fort ému me fait des signaux désespérés pour me dire de passer plus haut. Piqués et chandelles impressionnants leur font mal au coeur, je le sens bien et après un dernier passage encore plus bas que les autres je reprends la direction de Bron où j'arrive en même temps que mes deux complices. Le 520 impressionne tous les aviateurs du coin qui n'en ont encore jamais vus.

      Nouveau départ et cette fois, c'est moi qui emmène le total, nous traversons plusieurs orages et survolons le terrain de Dijon bien amoché par les bombes, nous reconnaissons le hangar du II/7 il est durement touché le bâtiment central de commandement est en ruine et nous avons tous beaucoup de peine, tout cela reste à venger.

      Le 31 mai, on me confie le soin de conduire un des derniers 406 à Dole, à la Division, il sera utilisé par un Colonel, le pauvre fume dans tous les coins (l'avion) il vibre à faire peur, en un mot mon Colonel sera bien servi !
...(Illustrations intercalées)...
J'ai le plaisir d'y rencontrer Sauze, un camarade de l'A.P (*). de Romans.

      Sur le terrain de Dole, grosse impression des Bloch 174 belle voiture aussi rapide que le Dewoitine. l'officier qui me réceptionne revient d'une mission en Hollande à 10.000 m. Il faut avouer que les gars de l'observation sont des gens gonflés, j'en ai froid dans le dos !

      En arrivant à Marey, nos logements étaient réduits à l'état de bottes de paille   puis nous sommes allés, Doudiès et moi, chez des personnes charmantes Mme et Mr          très chics pour nous, tous les soirs nous trouvions à notre attention un plat de fraises et au Kirch s'il vous plait, la patronne pleine de prévenances et notre chambre épatante.

      Une demi journée de repos nous permet de goûter les joies de la pêche à la truite ; pas de truite bien entendu ni même prise à la main n'est-ce pas Doudou?

      Amédée a reçu un télégramme de chez lui, sa gosse est malade le Commandant lui donne un 406 pour y aller, beau geste très apprécié de tous. Sa gosse va mieux, il continuera jusqu'à Toulouse échanger son vieux taxi contre un 520 tout rutilant, la peinture n'est même pas sèche et son indicatif  S dégouline lamentablement.

      Le 31, lâché du Ltt Petit, le taxi se retrouve indemne sur le terrain de Thil-ChatelDoudiès va le chercher.

      Le 1er Juin, grosse activité. De bon matin couverture orientée avec le Ltt Gruyelle et le Ltt Krohl, à 6.000 rencontre de 50 bombardiers He 111, nous sommes neuf et y fonçons droit dessus, ils vont bombarder la vallée du Rhône et Marseille. C'est là que j'ai compris la merveilleuse organisation de leurs escadres, ils volaient groupés de très prés et aucune passe ne pouvait les dissocier, en attaquant de la gauche on voyait les avions de droite s'élever légèrement et se mettre ainsi en escaliers ainsi tous les mitrailleurs de la patrouille avaient le champ libre et pouvait ajuster à loisir. L'un d'eux quand même a compris et le voilà en flammes (il ne sera pas homologué au II/7 mais au I/6 par erreur) un autre à du mal et rejoint la Suisse : il est compté "tombé à l'ennemi". Je rage, quand donc en aurai-je un d'officiel ?

      La mission suivante décolle une heure après je suis avec le Ltt Gruyelle, Chef de patrouille et Novack. Nous voila bientôt à 6.000 en compagnie d'un peloton de 50 He 111 environ et on nous signale en phonie des Me 109 et 110, avec les 520 nous sommes d'attaque pour les attendre. C'est formidable comme une bonne machine donne de la confiance en soi extraordinaire. Près de Lons le Saulnier nous attaquons le dernier Heinkel du peloton mais dès la première passe je vois quelques Km en arrière un autre ennemi isolé et qui essaie de rejoindre les premiers. Je le signale à mon chef de patrouille qui ne le voit pas je hurle à la radio de le prévenir, il est là en face... Le Ltt Gruyelle mal placé ne voit toujours pas alors je parts seul les deux autres hésitent mais je les vois bientôt me suivre. J'approche de très près pour identifier le Boche et fais une passe 3/4 arrière. je redresse au ras des plumes pour voir s'affaler le mitrailleur arrière j'avais vu porter mes obus dans sa cabine, juste le temps de faire une autre passe au moment ou il s'engage en piqué à la verticale.

      Je vois un moteur fumer, mais fumer... Je suis fou de joie et je gu... à la voiture radio "il est tordu, il y a droit". Naturellement je me fais enguirlander pour tout ce tapage par le Ltt Laury qui m'écoute. Le Ltt Gruyelle et Novack m'ont rejoint et nous voici en quelques secondes descendus en rase-mottes c'est un instant merveilleux que cette chasse au ras des toits et des haies, rien ne compte plus pour moi que le Heinkel à abattre. Il est déjà blessé, sa vitesse diminue mais il vole toujours en direction de la Suisse. Encore quelques passes de notre patrouille au risque d'emboutir la verdure et d'un coup, le voila s'écrasant près d'une petite rivière nous sommes maintenant entre Besançon et Pontarlier deux villages sont là tout près Gruyelle et Nowackiewich ont disparu, dans ma joie je les ai pas vu disparaître, deux zèbres se dégagent du taxi et courent dans la campagne, avant de partir Novack en a laissé un sur le gazon.
...(Illustrations intercalées)...
Je tourne sur l'un des villages mais rien, tous les gens sont dans les caves, sur l'autre patelin, je les vois se coucher précipitamment dans les fossés un seul reste sur la route et me vise, je suis assez bas pour deviner un fusil de chasse ça doit être le champion du village à moins que ce ne soit l'innocent du coin.

      En rentrant je vois mon jaugeur d'essence marquer "0" j'ai peur d'avoir été touché

et me pose à Arbois - vérification faite, tout va bien et je vais repartir mais avant je dois siffler une bouteille de bon vin et compagnie de plusieurs Officiers et Sous Off. (Arbois est un pays sympathique ou le vin est excellent. Je les remercie par un passage mais je suis inquiet au sujet de l'essence. Je monte à 3.000 pour parer à toute éventualité et me voila en vue du terrain de Marey.

      Hélice en croix ! prise de terrain normale mais je sors mon train trop tard il s'écrase à l'atterro. Glissage de 50 m sur le ventre sans mal, le 230 est mort ! mais tout est bien car je sur que cette fois je ne raterai pas mon homologation.

      Et la séance continue, missions, bagarres trop souvent sans résultats apparents. Le 2 Juin, le Cdt Pépin, Doudiès, Martin Krokl et moi attaquons un peloton du 50 He sur le Doubs venant de Marseille tandis que Martin s'explique seul contre trois s'amusant à les passer en "saute-moutons".

      Avec Doudiès et Novack on rentre de mission très tard il fait presque nuit et il faut se mettre à cheval sur la voie ferrée pour rentrer au terrain.

      Le 5 Juin, réveil précipité de tous à 2 heures. 1.000 parachutistes allemands doivent - comme chacun le sait – attaquer le terrain, on les attend. A 8 heures poursuite mouvementée d'un DO 215 par Doudiès Martin et Novack. Pris sur Dijon, il rèussit malgré les qualités du 520 à repasser le Rhin dans un triste état (fumées de partout) Martin et Novack se posent à Luxeuil, Doudiès dans la campagne près de Belfort. Dans la journée nous partons à Meaux renforcer ...(Illustrations intercalées)... les Escadrilles du champ de bataille. Le 6 après midi, au moment de partir en mission de protection de notre bombardement on apprend que 4 pilotes de la 4 ne sont pas rentrés ce matin ; délicate attention, le S/Lt Pomier et un Polonais sont tombés en flammes le Ltt Louis a disparu au cours de la mission, l'Adj. Chef Ponteins descendu aussi par les 109. On a su plus tard qu'il s'était parachuté et se trouve actuellement à l'hôpital.

      Nous partons sur Amiens ou plutôt sur ce qui fut Amiens car tout ici est ruines, mort et désert, le feu et la fumée sont tout le décor. C'est horrible de voir flamber une ville et tous les petits villages tout autour sont autant de ruines.

      Ici la bataille de France fait rage. Le 14, grosse mission de destruction du groupe en collaboration avec le I/6 sur la région de Metz où l'ennemi fait des ravages, des  incendies vers Pont à Mousson et au Nord de Metz mais pas la moindre trace d'un avion boche. Le lendemain, dès 9 heures le Commandant Pépin part seul faire un tir sur l'étang de Longeau il ne rentrera plus.

A-t-il été descendu?

Départ d'une patrouille double Valentin, Lamblin Novack Gruyelle Krohl et moi en mission de destruction dans la région Metz-St Avold. Je suis à peine à 400 m de Valentin quand je le vois piquer sur un Henschel 126 je me prépare à faire moi aussi une attaque mais quand j'arrive, c'est trop tard, il descend en vrille le moteur en flammes, ça c'est signé Valentin. (Morhanges)

Quelques minutes plus tard on s'explique avec trois DO l'un d'eux s'écrase au sol, beau spectacle en vérité un autre rentre dans ses lignes en fumant. Valentin rentre au terrain la commande de profondeur bloquée par des balles, son taxi est une écumoire, les mécanos s'attellent au travail et le soir même vers 15 heures nous repartons en protection d'un débarquement de troupes entre Chaumont et Neuchâteau sauf Lamblin qui n'est pas entré de la mission du matin.
...(Illustrations intercalées)...
Qu'est-il devenu? on ne saura que deux jours après que son taxi touché il a été obligé de se poser à Pont Saint Vincent. Le Cdt Durieux nous accompagne dans la mission du soir. Nous voilà protégeant ce débarquement vers 4.000 m et on voit des mitrailleuses braquées sur nous les imbéciles ! Au fond c'est nous qui sommes les imbéciles car ce convoi est un convoi boche !

      A la sortie d'un nuage un magnifique Dornier s'offre à nous, Valentin lui fait une passe au ras des plumes et je vois arriver ses obus sur le fuselage. Je suis immédiatement derrière et Passemard qui est en 3éme position fait la même remarque sur mon tir, l'ennemi s'engage dans un nuage mais on le voit bientôt redescendre bien plus vite. Deux zèbres sautent en pépin, un 3ème reste accroché dans l'empennage quelle drôle d'idée!

      Le Cdt Mummler touché s'est posé à Gray, comme il parle mal le français, on le prend pour un Boche et il échappe de peu à un lynchage en règle ! Pendant ce temps là, Pampan qui a récupéré un Potez 58 on ne sait où part à la recherche de son double le Sgt Chef Lamblin. Leur odyssée est épique ; il le retrouve et le ramène ; en rentrant ils se souviennent qu'ils ont laissé des amities à Luxeuil et s'y posent. Impossible de repartir. Dans la nuit on les réveille "Les Boches arrivent". Ils s'habillent en toute hâte récupérant une voiture. (où, quand, comment ?) La route de Vesoul est déjà occupée et ils repartent vers Lons le Saulnier. Là, on les prend pour des espions et ils sont enfin incorporés dans une caravane de réfugiés, impossible de rejoindre le groupe, nous avons déménagés et ils ne savent plus où nous sommes. Pour notre part, nous les croyons prisonniers mais il réquisitionnent encore des voitures et font route vers le Sud. Ils trouvent un groupe de chasse qui les adopte pour quelques jours mais ils repartent à notre recherche c'est la belle vie "qu'y disent" Ils ne nous rejoindrons qu'en Afrique du Nord.
...(Illustrations intercalées)...
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"Y z'étaient quatre qui voulaient se battre, y'en avait trois qui ne voulaient pas"
Les Trois Mousquetaires : Amédée - M'sieu Martin - Doudou - Ritou
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Le même jour nous partons à Feurs. Valentin en panne se pose, hélice calée à Charlière dans un mouchoir de poche. Comme il convient, personne ne nous attend mais nous trouvons une âme charitable qui nous offre à dîner, Martin, Amédée, Novack et moi, nous couchons par contre dans les chambres luxueuses du château du coin, qu'ont occupé paraît-il des princes et des princesses, mais évidement ces dernières n'y sont plus. Le lendemain 16 Juin nous desserrons à Bouthéon, terrain de St Étienne bien petit pour le 520, le soir nous rentrons à Feurs et le 17, en route pour Carcassonne ; on commence à comprendre.

      Passage dans la vallée de Rhône, je reconnais bien tous ces coins, j'en ai presque le cafard, je reconnais aussi Chomèrac.

      Ici, à Carcassonne c'est plein à crever, des gens de partout des Belges en particulier. Chacun verdit en apprenant qu'on part en Afrique du Nord, il faut traverser la flotte, quelle trouille, mais le moral est bon car c'est certainement pour continuer la lutte avec les Anglais. Tout Va Bien !! A 19 heures, départ du groupe à Perpignan, St Laurent de la Salanque, Doudiès et Novack partent à Toulouse pour échanger leurs taxis qui n'ont pas de réservoir d'ailes et le 20, ils nous rejoignent à St Laurent plafond 20 m. Béni soit le canal du Midi !

      Nous avons passé la journée de la veille à préparer les réservoirs et à faire les pleins d'ailes nous même, tous nos mécanos sont dans l'échelon roulant qu'on attend mais qu'on ne voit toujours pas arriver. Enfin, départ du groupe pour la grande épreuve, évidement nous n'avons ni gilet flottant ni d'objet similaire, le seul qui s'est muni d'une énorme chambre à air de camion, le Cdt Mummler reste en rade au départ et ne peut décoller !

      Je suis, avec Amédée dans la patrouille du Cne Papin, on aura l'œil car il y a paraît-il des Messers sur les Baléares. Traverser la flotte ! on s'est tout de même fait à cette idée, on est presque brave, résolu tout au moins. Notre bombardier guide, un as de la navigation nous conduit bravement en ligne ...(Illustrations intercalées)... droite vers Djijelli, et de là à Bône au lieu d'Alger 45 degrés d'erreur et deux heures sur la flotte ! tout se passe bien.

Bône est une ville très gentille où les artilleurs de la D.C.A nous reçoivent à bras ouverts

le paysage a bien changé en quelques heures. Les Français de Bône sont sympa, un brave homme connait Romans nous offre du vin vieux, le patron de l'hôtel où nous sommes sort pour nous deux bouteilles de derrière les fagots (pourtant nous logeons chez lui à l'oeil). Ici, la ville serait trop belle alors nous partons à Souk-El-Arba. Pendant ce temps, Doudiès et Novack ; laissés pour compte à Perpignan se joignent au I/6 et arrivent par miracle à Bougie où leur est offerte une réception au fusil et fusil-mitrailleur, Doudiès dut obéir à cette injonction "quittez vos armes y compris ça" ; "ça" c'était la boîte relai de la phonie et le laryngaphone. Après bien des tourments ils peuvent redécoller et rejoignent Bône en rase-vagues, naturellement, le II/7 n'est plus là. Enfin, ils terminent leurs pérégrinations et trouvent l'escadrille dans le "site enchanté" qu'est Souk-El-Arba. C'est un patelin affreux où tout est occupé par les réfugiés, la seule boisson trouvable ; la bière coûte 7 fr le litre et elle est écoeurante, on mange des conserves et on couche sur la paille dans l'école communale !

      Enfin, le 14 on part ; pour Oudna, à côté de Tunis, je parts dans la première patrouille avec Valentin et Catois, ce dernier a la panne au décollage et s'écrase en bordure de piste, on le retire de là passablement amoché, la mâchoire, une jambe et un bras cassés. Il ne rejoindra plus l'escadrille.

      Nous avons établis notre G.Q.G sous off au Tunisia Palace c'est tout simplement le plus beau Palace de la ville, chambres luxueuses, salle de bain et tout, et tout, ça change de la paille. La ville est agréable mais on vole peu, souvent on occupe le temps en de longues promenades. Comme à Toulouse, Panpan a trouvé un gérant de la maison Panhard et a une grosse bagnole à sa disposition. Nous roulons tous les jours Kairouan, Bizerte, Monastir, que de baignades en mer à Carthage, à Gammart et ailleurs. Malgré cela on sent que chacun de nous a un cafard énorme, en pensant à ceux qu'on a laissé là-bas et à la France...

      On déménage une fois de plus le 10 Juillet pour El-Aouina, on ne vole presque plus, je profite d'une rare sortie pour casser un avion. Sur le 104, j’ai un instant après le départ une explosion au mono triple d'huile, des projections de partout et surtout dans les yeux, je n'y vois plus rien et évidement, je n'ai du fait de l'explosion ni freins, ni volets pour me poser.

      Je devine le terrain plutôt que ne le vois et j'atterris tant bien que mal, plutôt mal que bien, une roue arrachée, plan gauche faussé.

      Remise officielle des décorations et lecture des citations par le Général Vuillemin lui-même ; réunion simple, triste, et pleine de grandeur.

      La Guerre est bien finie.

      Le Général Pierre Weiss, un grand homme dont le souvenir ne peut s'effacer chez ceux qui l'ont connu nous dit de façon parfaite que "la France a conservé les équipages glorieux d'une aviation qui n'a jamais été battue même 1 contre 5, même 1 contre 10".

      Le plus pénible est de comprendre que pour nous la lutte est finie, la France est bien battue, tout semble perdu. Malgré cela, chacun, au fond de son coeur cultive un coin secret qui est l'Espérance.
-    FIN 
...(Illustration finale)...

  (*) AP = Aviation Populaire

   


Affecté en Tunisie, à l'automne 1940, le sergent Henri Grimaud prépare le concours d'élève-officier d'active et rejoint l'école de l'air de Salon de Provence en octobre 1942. Nommé Sous-lieutenant le 1er mars 1943.
En congé d’armistice de mars à août 1943, il entre dans la Résistance au sein du réseau « Andromède-Zéphir ». Rappelé à l’activité le 1er septembre 1943, il est affecté à la Compagnie de guet 33/71 à Privas (Ardèche). Profitant d’une permission, il rejoint les Forces françaises de l’intérieur du Vercors le 9 juin 1944 et, après avoir été blessé le 14 juillet lors d’une attaque de la Luftwaffe, il tombe au combat le 21 juillet 1944 à Vassieux-en-Vercors (Drôme). Le lieutenant Henri Grimaud était chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre 39-45 avec 2 citations.
le Lieutenant Henri Grimaud repose au cimetière de Romans.
Une rue de cette ville porte son nom.
Il est le parrain de la promotion 2003 de l'Ecole Militaire de l'Air.

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A Vassieux, Sur la plaque de la stèle érigée à sa mémoire, on peut lire : "Ici Le 21 juillet 1944 est mort pour la France à l'âge de 26 ans Le Lieutenant Pilote de carrière Henri GRIMAUD Maquisard du Vercors"
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Au musée de la Résistance : son nom est associé à tous ceux qui se sont sacrifiés au nom de la Liberté
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